Où commence le dopage (deuxième partie, les jeunes)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Où commence le dopage (deuxième partie, les jeunes)

Message par la roussette du lagon le Jeu 15 Déc 2005 - 13:03

LE DOPAGE ET LES JEUNES SPORTIFS


Katia Vilarasau (francevtt.com)


Le sport reste l'une des clés du développement de l'enfant et de l'adolescent. Comment expliquer dès lors que certains jeunes sportifs cumulent les conduites à risques ? Des enquêtes montrent en effet que, loin de prévenir les comportements néfastes à la santé de Marie Choquet et Philippe Arvers, réalisée en 2002, montre ainsi que la consommation de tranquillisants, de cannabis ou d'autres drogues illicites, les ivresses, les troubles du comportement alimentaire ou encore les conduites violentes sont plus fréquents chez les jeunes qui pratiquent plus de 8 heures de sport par semaine (mais aussi chez les non pratiquants). Une autre enquête, menée par Patrick Laure de l'Université de Reims, auprès de 1459 lycéens lorrains faisant du sport à raison de 7 heures hebdomadaires, révèle que 5% d'entre eux ont eu au moins une fois recours au dopage. Parmi les produits consommés, figurent les stimulants, la nandrolone, les corticoïdes et les diurétiques.

LE DOPAGE, UNE HISTOIRE DE COMPORTEMENT

La prise de molécules dopantes ne concerne en fait qu'une minorité de jeunes sportifs. Selon Jean-Luc Bret-Dibat, docteur en neurosciences à l'Université de Toulouse Le Mirail, "la plupart vont limiter leur consommation à des produits courants, facilement disponibles : caféine, vitamines diverses, Guronsan..."

Mais où commence le dopage ?
"A partir du moment où l'on avale quelque chose pour se rendre plus fort, répond Geneviève Mesplé, médecin du sport au centre Pierre-Dumas, l'antenne médicale de lutte contre le dopage de Toulouse.
Lorsqu'un père donne un morceau de sucre à son fils avant qu'il s'élance pour une compétition, le jeune est autant galvanisé par ce geste que par le relationnel avec son père. C'est de la conduite magique !" Ce geste, censé conjurer la peur de perdre et l'angoisse de la compétition, devient plus important que le produit absorbé. "Le danger est lié tout simplement au comportement de consommation : prendre l'habitude d'ingurgiter une pilule ou quelques tasses de café avant une compétition est loin d'être un comportement anodin pour l'individu", ajoute Jean-Luc Bret-Dibat. "Le sportif devient donc dépendant de ce rituel de consommation et le risque majeur vient du fait que (...) le principe actif devient accessoire. Des passages très rapides à la consommation de produits réellement dangereux peuvent ainsi s'observer."

La probabilité de tomber dans le piège du dopage est d'autant plus forte que chez les jeunes, "le goût de la transgression vis-à-vis des règles sociales établies, associé paradoxalement à la tendance au conformisme au sein du groupe de pairs, peut aussi jouer un rôle déterminant". Concernant la consommation d'alcool et de cannabis, l'influence du groupe est également importante : la prise de ces produits s'effectue le plus souvent "de manière ludique et sociale" et donc plutôt ponctuellement (troisième mi-temps, victoire ou défaite...)", précise Jean-Luc Bret-Dibat. Toutefois, la façon de percevoir l'alcool et sa consommation diffèrent selon le type de sport pratiqué et la finalité que le jeune sportif attribue à son activité.
Pour sa thèse, Catalin Nache, chargé d'enseignement à l'Université de Caen, a interrogé près de 2700 jeunes de 16 à 18 ans. Conclusion : la pratique sportive comme la consommation d'alcool sont avant tout "des pratiques culturelles". Ainsi, ceux qui pratiquent le sport pour la "convivialité" sont plutôt adeptes des sports collectifs. Ils consomment de l'alcool après avoir fait du sport pour "décompresser". Ils ne pensent pas que cela soit mauvais pour la santé. A l'inverse, ceux qui font du sport pour la "performance" pratiquent plus de 8 heures de sport par semaine, le plus souvent de l'athlétisme. Ils ont une consommation d'alcool réduite et considèrent que "boire" est néfaste pour la santé.


TOUJOURS PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT

En dehors des facteurs psychologiques, sociaux ou culturels, il existe aussi des contextes inducteurs de conduites à risques. Par exemple, les nombreuses heures d'entraînement des jeunes (et moins jeunes.. :scratch: ) qui se consacrent à la compétition se traduisent par une difficulté à récupérer et justifient la banalisation des barres vitaminées et le recours aux boissons énergisantes. La pratique sportive en elle-même, lorsqu'elle est intensive, peut être aussi considérée comme une conduite addictive. "Au delà d'un certain nombre d'heures et d'intensité dans la pratique, il est actuellement bien connu que le corps du sportif sécrète des substances endogènes appelées endorphines (...), explique Jean-Luc Bret-Dibat. Ces molécules sont des équivalents physiologiques des drogues de la famille des opiacées." Le recours au dopage ou à des drogues permettrait de retrouver ou de prolonger ces états seconds, où la conscience de soi et de son corps est modifiée.
Que penser également de notre société de la performance, où l'obligation de résultat est la règle ? "Les adolescents sont parfois prêts à tout pour aller le plus loin possible, confirme Fabien Durif, psychiatre au centre Pierre-Dumas de Toulouse. Ils sont à un âge où ils se sentent invulnérables. Pris dans leur film personnel, ils se montrent peu sensibles aux mises en garde et aux risques encourus." De plus, à côté du sport, rares sont les jeunes compétiteurs qui investissent leur scolarité. "Cela les fragilise encore plus, complète Geneviève Mesplé. S'ils poursuivaient des études, leur reconversion serait possible iimmédiatement. Les enjeux seraient donc différents." Les premières blessures les font redescendre sur terre, mais constituent aussi des périodes de vulnérabilité accrue. "Il faut expliquer aux jeunes que tous ne pourront pas atteindre le haut niveau, poursuit le médecin.
Le sport n'est qu'une facette de leur vie".

la roussette du lagon

Sexe:MasculinGémeauxCochon
Messages : 237
Inscrit le : 03 Déc 2005
Age : 61
Localisation : : nouméa
Passions : : multiples et variées

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum