Dossier DOPAGE : Les motivations et pourquoi interdire?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Dossier DOPAGE : Les motivations et pourquoi interdire?

Message par la roussette du lagon le Lun 31 Juil 2006 - 9:20

LES PRINCIPALES MOTIVATIONS DU DOPAGE


Le sport est devenu un moyen de reconnaissance et de réussite sociale pour beaucoup de jeunes et permet dans certains cas de gagner beaucoup d'argent. C’est pour ces raisons que certains sportifs ont recours à des substances dopantes afin d’améliorer leurs résultats sportifs, aussi bien au niveau des clubs qu’au niveau national et international. A ce propos, les sportifs amateurs sont beaucoup plus concernés par ce phénomène que les sportifs de haut niveau.

- L'obligation de résultats
Propos d'Eric Maitrot, rapportés sur nouvelobs.com le 21/01/2004 : "Le problème de fond, c'est qu'à partir du moment où l'on est sportif professionnel, le but est d'être le meilleur. Mais un premier, il ne peut, par définition, n'y en avoir qu'un. Et vu que dans le système actuel, chacun pense que son voisin est dopé, tout le monde se dope pour être sûr de ne pas être handicapé. En résumé, le dopage entraîne le dopage. L'un des grands sujets de discussion des sportifs de haut niveau est d'ailleurs de savoir ce que prend le voisin."
Dans le même registre, Paul Kimmage dans son livre Rough ride, décrit la perversion du système de points UCI : "En 1983, dans un effort pour moderniser le cyclisme, la (...) FICP, établit deux nouveaux classements. Le premier concernait les coureurs. Il était basé sur le principe du classement ATP pour le tennis. Chaque événement permettait d'attribuer un certain nombre de points au premier, deuxième, troisième, et ainsi de suite, le nombre de points dépendant de l'importance de l'événement. (...) Les coureurs devinrent plus égoïstes et il ne leur fallut pas longtemps pour s'adapter au nouveau système. Plus vous aviez de points, plus vous pouviez mettre de zéro à votre salaire. Points signifiait argent. (...) Le fait que ce système promeuve le dopage devient évident à la lecture de la liste des courses qui attribuait des points. (...) Prenez (...) Mauléon-Moulin par exemple. Pour les non-initiés c'est une petite course, ne valant que quelques lignes dans l'Equipe et un joli trophée pour le vainqueur. Faux, elle vaut beaucoup plus : des points au classement mondial. Une victoire dans Mauléon-Moulin rapporte autant que de faire 5ème dans Paris-Roubaix, la reine des classiques. Ainsi, à la veille de Mauléon, quand le directeur sportif commence la réunion de préparation en insistant sur le nombre de points à gagner et, dans la foulée vous rappelle qu'il n'y a jamais de contrôle dans cette course, que faites-vous ? Riez-vous en même temps que les autre ou pleurez-vous ? Comment pouvez-vous gagner ? Et toutes ces courses, les "Grand Prix des Chaudières" rapportent des points. Quel système ridicule !""

- Les enjeux économiques
"Pour avoir de l'argent, les équipes doivent avoir des résultats, sinon, les sponsors nous lâchent. A Saint-Brieuc, notre plus gros sponsor nous a quittés parce qu'on n'avait pas eu de résultats en 1998 alors qu'en 1997 on avait eu sept victoires." Le budget du club est donc divisé par deux pour la saison qui s'ouvre en février prochain. Dans ces conditions, peu de dirigeants peuvent résister à la pression. Quand il faut des résultats et rapidement, il est nécessaire de transformer les coureurs en "machines de guerre".
Jean-Bernard Mest - Directeur technique à l'Union cycliste briochine (Enquête de Muriel Gremillet)
Dans tous les sports, l'argent tient une place de plus en plus importante, reléguant l'éthique sportive au second plan. Dans l'Equipe du 5 janvier 2004, Serge Dassault, PDG du Groupe Dassault et propriétaire du club de football FC Nantes, déclare : "Le FC Nantes est une entreprise commerciale". Plus loin, il précise sa pensée : "[Le rôle du président du club] c'est que l'équipe gagne (...) et que le club gagne de l'argent". Au cas où on ne l'aurait pas bien compris, il enfonce le clou : "L'important (...) c'est que l'équipe gagne et que le club gagne de l'argent".
On le voit, le bel esprit du sport tel que développé par Pierre de Coubertin est bien loin. Et les équipes cyclistes dont les coureurs sont couverts de publicité ne sont certainement pas différente des clubs de football.
"Cette cause de dopage doit cependant être relativisé. En effet, le dopage est aussi répandu à des niveaux où l'argent joue un rôle quasiment nul. Par exemple, Jean-Pierre De Mondenard rapporte dans "Dopage, l'imposture des performances" qu'en 1973, les quatre premiers ud championnat d'Aquitaine des cadets furent déclassés pour un contrôle positif !".

- La notoriété
L'athlète est confronté à un choix difficile : utiliser certains médicaments favorisant l'amélioration de ses performances ou ne pas les utiliser, ce qui revient à s'imposer un handicap dans les compétitions, en sachant qu'actuellement la victoire ou le record se joue avec un écart inférieur à 1 %. Il a donc tendance à privilégier le court terme (une accélération certaine de sa carrière) par rapport au long terme (la nocivité, pour lui incertaine, des produits absorbés). L'emballement du système compétitif lui laisse peu de marge de manoeuvre. Les pays s'affrontant dans la course aux médailles transforment le champion en héros national. Les téléspectateurs vibrent au rythme des records battus. Les sponsors soutiennent les vainqueurs.
Jean-François Bourg - Chercheur au Centre de droit et d'économie du sport (CNRS-Université de Limoges) ; auteur de "L'argent fou du sport", La Table ronde, Paris, 1994. (Article du Monde Diplomatique)

- La surcharge du calendrier sportif
Cet argument est fréquemment avancé. Pourtant, il semble très relatif. En effet, n'y aurait-il qu'une seule course par an, le dopage n'en disparaitrait pas pour autant, au contraire !
On peut aussi remarquer que les distances parcourues lors des derniers Tour de France a plutôt eu tendance à décroître sans qu'on n'observe de réduction des pratiques dopantes, bien au contraire.

- L'intensification des charges d'entraînement

- La promotion d'images de produits dopants

Jusqu'aux années 60 (et même encore plus tard), le dopage était largement toléré, y-compris par le milieu médical. Le Docteur de Mondenard a même retrouvé ce texte dans le Vidal de 1914 :
"En parcourant des documents anciens, je suis tombé sur une trouvaille vraiment étonnante qui atteste de sa prédominance déjà avant la Première Guerre mondiale.
Il s'agit de la présentation du Kolayo®, un médicament à base de Kola (caféine) et de coca (cocaïne) qui figure dans la première édition du dictionnaire du médicament Vidal en 1914. A la rubrique indications, on peut lire en toutes lettres "tonique et stimulant pour cyclistes" au milieu d'une kyrielle de maladies comme l'anémie, la chlorose, la débilité générale, le diabète, la neurasthénie, etc. "
(Sport & Vie n°80 - Septembre 2003)
Les champions, par leur attitude parfois laxiste incitent aussi, consciemment ou non, au dopage. Le Canard Enchaîné du 14/04/2004 relève : "Produit très « tendance », la créatine est interdite à la vente en France mais pas à la consommation. Elle est dangereuse pour la santé et n’améliore guère les performances. Or les aveux de Zidane ou de Mary Pierce, qui ont reconnu avoir utilisé ce produit, en ont, un temps, dopé la consommation."

- Les habitudes de consommation de la société

- Les effets du stress et l'absence de préparation à l'échec sportif

- Le manque d'investissement diversifié

- La pression ou le désintéressement familial

- La médicalisation des structures sportives

- La pression du milieu

"Les anciens cyclistes de 25-30 ans peuvent être de très mauvais conseil. Non seulement les jeunes les écoutent, surtout s'ils ont gagné des courses. Mais encore, s'ils se sont dopés, ils se recyclent dans la vente de produits dopants. Ils connaissent les filières."Jean-Bernard Mest - Directeur technique à l'Union cycliste briochine (Enquête de Muriel Gremillet)
"Pourtant j'ai failli être parjure. J'ai flanché. Je me suis piqué, trois ou quatre fois. Je me suis injecté de l'eau et du glucose. Une autre fois, je me suis laissé tenter par de la caféine. L'aiguille a raté la veine. Qu'importe, j'étais passé à l'acte, même s'il était manqué." Christophe Bassons - Positif
"Le dopage des uns entraîne le dopage des autres ; c'est bien sûr le dopage lui-même et non le calendrier ou la difficulté de l'épreuve qui est la vraie source du dopage." Jean-Pierre De Mondenard (Dopage - L'imposture des performances)

- La compétition


POURQUOI FAUT-IL INTERDIRE LE DOPAGE ?


Les principales raisons

- Pour préserver l'éthique du sport
Les règlements sportifs interdisent le dopage. Toute entorse à cette règle, qu'elle soit volontaire ou non, constitue un non-respect du principe d'égalité des chances et, par conséquent, de l'éthique sportive.
Doper c'est tricher. Tricher avec soi-même et avec ses adversaire
Doper c'est voler. Voler les victoires, la gloire et l'argent de ses adversaires, voler le rêve de ses admirateurs.

- Pour protéger la santé du sportif
Les conséquences du dopage sur la santé peuvent être dramatiques : surdoses, thromboses, problèmes cardiaques, toxico-dépendance, dépressions ; hépatite et SIDA (par transmission de seringue), etc.
A titre d'exemple, on peut citer le rapport du docteur en pharmacie chargé d'expertiser les produits saisis dans la chambre du médecin de Festina le 15/8/1998 : "L'embout des (...) seringues est (...) à l'air libre, ce qui est contraire à toute pratique médicale car le contenu des seringues était destiné à être injecté aux cyclistes".

- Pour conserver la valeur exemplaire du sport

- Pour respecter la déontologie médicale

"Notre métier consiste à empêcher les gens de se détruire. Or, nous savons pertinemment que tous les sportifs prenant des produits dopants risquent tôt ou tard d'en mourir. De l'embolie pulmonaire à l'arrêt cardiaque, en passant par le cancer du foie ou la dégénérescence cérébrale, c'est une réalité. Et l'EPO a déjà tué. Nous gesticulons en permanence pour sonner l'alarme, mais les décès se multiplieront." Alain Duvallet - Maître de conférences universitaire, médecin du sport et praticien à l'hôpital Tarnier à Paris

- Parce que tous les coureurs ne sont pas égaux face au dopage
Un lieu commun voudrait que "si tous sont dopés, alors l'équité est respectée". Pourtant il n'en est rien. Tout d'abord, tous les coureurs n'abordent pas le dopage de la même façon : certains ont des réticences morales, des craintes vis à vis de leur santé ou du risque de se faire prendre. Ceci peut les mener à modérer leur consommation, à s'orienter vers certains produits plutôt que d'autres. Ils ne partent donc pas tous sur un pied d'égalité.
D'autre part, un même produit n'a pas les mêmes effets sur tous les organismes comme le rappelle Jean-François Quénet à propos d'Alex Zülle :
"Alex Zülle (...) s'était toujours refusé, par crainte des risques pour sa santé, à recourir à la somatotrophine ou hormone de croissance - cette crainte se trouvait donc être aussi un facteur d'inégalité - jusqu'à ce que, fin juin 1998, il se décide, en vue du Tour de France qu'il voulait tant remporter, à solliciter et à obtenir des injections de cette substance dont il constata qu'elle n'a pas d'effets notables sur lui, ce que d'autres avaient déjà pu éprouver constatant même des conséquences négatives : Alex Zülle n'a donc jamais pu bénéficier des effets positifs de l'HGH. En conséquence, il a pu se produire que se (... ) [trouve] dans l'impossibilité de suivre ses adversaires avantagés par l'HGH." Jean-François Quénet - Le Procès du dopage - La Vérité du Jugement - Editions Solar 2001
Philippe Gaumont, au détour d'une phrase dans son livre Prisonnier du dopage ne dit pas autre chose : "Je pense que parmi nous, Yvon Ledannois - qui ne supportait pas le produit - et Eddy Seigneur - par choix - étaient les seuls à ne pas tourner à l'EPO."

- Pour éviter un phénomène d'engrenage
Un coureur sera d'autant plus tenté par le dopage qu'il aura le sentiment que ceux qui le devancent sont dopés et que rien n'est fait pour les démasquer. Ne pouvant se faire justice lui même, il recourera aux mêmes armes que ses adversaires...

la roussette du lagon

Sexe:MasculinGémeauxCochon
Messages : 234
Inscrit le : 03 Déc 2005
Age : 61
Localisation : : nouméa
Passions : : multiples et variées

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum